Soutenance de thèse de NIATI Mathilde
Titre de thèse
Aux contours de l'histoire dans les romans de Roberto Bolaño et d'Horacio Castellanos Moya : la mémoire au détour de la métaphore.
Circumventing history in Roberto Bolaño's and Horacio Castellanos Moya's narrative: memory and metaphor.
Résumé de la thèse
Dans un ensemble de romans publiés entre 1989 et 2004, l'écrivain chilien Roberto Bolaño et le Salvadorien Horacio Castellanos Moya fictionnalisent les violences politiques qui ont ébranlé le Chili, le Salvador, le Guatemala et le Mexique dans la seconde moitié du XXème siècle. Avec des intrigues situées aux frontières de la fiction et de la non-fiction, ces récits interrogent la période charnière des années 1990. Cette décennie fut marquée par la sortie des conflits armés en Amérique centrale et la fin des dictatures dans la plupart des pays du Cône Sud. L'objet de cette thèse n'est pas de chercher à établir un quelconque canon littéraire. Il s'agit plutôt d'interroger l'approche hybride de la fictionnalité, qui caractérise l'écriture de ces deux auteurs. Nous nous demanderons comment les romans de Roberto Bolaño et d'Horacio Castellanos Moya s'emploient à « contourner » cette matière historique et mémorielle : à s'en emparer tout en la tenant à distance, à en tracer les contours. Chez les deux écrivains, la fictionalisation de l'histoire et le détournement des instances de la mémoire s'accompagnent d'un intérêt appuyé pour les questions d'écriture et de transmission des récits. Ouvertement fictionnelles, ces œuvres narratives invitent à dépasser les habitudes de lecture héritées de la littérature testimoniale, et en particulier l'injonction au souvenir associée au travail de mémoire. Alliant questionnements métalittéraires et réflexions d'ordre historiographiques, les romans de Roberto Bolaño et d'Horacio Castellanos Moya interrogent les spécificités d'une médiation mémorielle, opérée à partir du décalage permanent de la fiction.
Thesis resume
In the novels published between 1989 and 2004, the Chilean writer Roberto Bolaño and the Salvadoran Horacio Castellanos Moya turn into fiction the political violence that Chile, El Salvador, Guatemala and Mexico witnessed in the second half of the 20th century. Combining fiction and non-fiction, the plots of these novels settle in the pivotal period of the 1990s. This decade was marked by the end of armed conflicts in Central America and of dictatorships in most countries of the Southern Cone. The purpose of this thesis is not to establish a literary canon. Our aim is rather to examine the hybrid approach to fictionality that characterises these two authors' works. We will consider how Roberto Bolaño's and Horacio Castellanos Moya's novels seek to “circumvent” this historical and memorial material: incorporating it whilst keeping its distance, approaching it whilst tracing its contours. In each writer's works, the fictionalisation of history and the subversion of memory accompany a pronounced interest in questions of (re)writing and transmitting history. The novels of both writers are openly fictional. They invite us to surpass the reading habits inherited from testimonial literature, and the work of memory, conceived as an injunction to remember. Joining meta-literary and historiographic reflections, the novels of Roberto Bolaño and Horacio Castellanos Moya seem to explore the specificities of a memory mediation, achieved through the constant shift inherent in fiction.