Soutenance de thèse de SCHWENCKE Lisa
Titre de thèse
(Dé)former les normes par le médiévalisme : contes de fées, imaginaires nationaux et tensions identitaires autour du genre et de la sexualité dans les productions audiovisuelles états-uniennes tous publics (2001-2025)
(De)forming Norms Through Medievalism: Fairy Tales, National Imaginaries, and Identity Tensions Surrounding Gender and Sexuality in U.S. Audiovisual Productions for General Audiences (2001–2025)
Résumé de la thèse
Cette thèse examine la manière dont les productions audiovisuelles états-uniennes mainstream tous publics réinvestissent l'imaginaire du Moyen Âge et l'héritage des contes de fées pour (dé)former des normes contemporaines liées au genre et à la sexualité. Elle prend pour point de départ les controverses récurrentes suscitées par ces œuvres : pourquoi des transformations parfois minimes des représentations provoquent-elles des débats d'une telle ampleur, mobilisant fréquemment l'authenticité des contes de fées et du Moyen Âge ? J'émets l'hypothèse que ces controverses engagent plus largement l'identité nationale, parce que les normes qui organisent les identités individuelles participent également à définir le collectif, sa continuité et son avenir.
À l'intersection des études culturelles et médiévalistes, de la littérature comparée, des études de genre et queer et de la théorie politique, cette recherche analyse des films et séries produits entre 2001 (Shrek, Adamson et Jenson 2001) et 2021 (Cinderella, Cannon 2021), ainsi que les controverses autour de The Little Mermaid (Marshall 2023) et Snow White (Webb 2025), en les confrontant à leurs héritages littéraires et aux discours qui les accompagnent. L'analyse met en évidence un ethos de l'opposition par lequel ces œuvres mettent en scène leur rupture avec les schémas des versions antérieures des contes de fées, notamment en revalorisant des figures marginalisées et en associant le passé à une tradition contraignante. Cette rupture s'accompagne toutefois d'une recomposition : les récits sélectionnent, transforment et transmettent les formes héritées, selon un double mouvement désigné sous le terme de « (dé)formation ». Le Moyen Âge européen apparaît comme un matériau à partir duquel les productions états-uniennes négocient leurs propres normes et imaginaires collectifs.
La notion d'« enfant-nation » permet de saisir cette articulation entre formation individuelle et devenir collectif : le conte de fées relie un passé reconstruit à un avenir projeté dont l'enfance devient un enjeu privilégié de transmission. Cette transmission reste différenciée : la libération féminine est fortement mise en récit tandis que les identités LGBTQ+ demeurent largement absentes malgré leur forte présence dans les discours. L'ampleur des controverses suscitées par ces transformations révèle moins une politisation nouvelle des productions pour enfants que leur rôle dans les conflits autour de l'identité nationale états-unienne. La (dé)formation des récits hérités de l'Europe engage finalement ce que la nation états-unienne fait de son passé européen, ce qu'elle rend possible dans le présent et ce qu'elle projette dans l'avenir.
Thesis resume
This thesis examines how mainstream U.S. audiovisual productions for general audiences reinvest the legacy of the Middle Ages and fairy tales in order to (de)form contemporary norms related to gender and sexuality. It takes as its starting point the recurring controversies generated by these works: why do sometimes minimal transformations in representation provoke debates of such magnitude, frequently invoking the authenticity of fairy tales and the Middle Ages? I hypothesize that these controversies more broadly engage national identity, because the norms that organize individual identities also contribute to defining the collective, its continuity, and its future.
At the intersection of cultural and medievalism studies, comparative literature, gender and queer studies, and political theory, this research analyzes films and television series produced between 2001 (Shrek, Adamson et Jenson 2001) and 2021 (Cinderella, Cannon 2021), as well as the controversies surrounding The Little Mermaid (Marshall 2023) and Snow White (Webb 2025), by examining them in relation to their literary legacies and the discourses surrounding them. The analysis highlights an ethos of opposition through which these works stage their break with earlier versions of fairy tales and the norms they inherit, notably by revaluing marginalized figures and frequently associating the past with constraints related to gender and sexuality. This break is nevertheless accompanied by recomposition: the narratives select, transform, and transmit inherited forms, according to a double movement designated by the term “(de)formation.” The European Middle Ages appear as material through which U.S. productions negotiate their own norms and collective imaginaries.
The notion of the “child-nation” makes it possible to grasp this articulation between individual formation and collective becoming: the fairy tale connects a reconstructed past to a projected future, with childhood becoming a privileged stake in their transmission. This transmission remains differentiated: feminine liberation is strongly narrativized, while LGBTQ+ identities remain peripheral or implied despite their strong presence in discourse. The scale of the controversies generated by these transformations reveals less about a new politicization of productions for children than their role in conflicts surrounding norms and national identity. The (de)formation of inherited narratives ultimately engages what the United States as a nation makes of its European past, what it makes possible in the present, and what it projects into the future.